Dans un précédent article, nous avons présenté les habilitations électriques destinées aux opérateurs réalisant des travaux non-électriques sur véhicules électriques et hybrides. Mais dès lors qu’une intervention concerne le circuit de traction, la batterie haute tension, les équipements de charge ou les opérations de consignation, des habilitations spécifiques deviennent indispensables.
Électriciens automobiles, techniciens de maintenance, dépanneurs, électromécaniciens ou encore techniciens d’essais sont aujourd’hui confrontés à des systèmes pouvant atteindre plusieurs centaines de volts. Ces interventions présentent des risques importants d’électrisation, d’arc électrique ou d’incendie qui nécessitent des compétences adaptées.
Quels sont les titres d’habilitation prévus par la norme NF C 18-550 ? Quelles opérations autorisent-ils ? Quelles sont les obligations de l’employeur ? Faisons le point sur les habilitations électriques VE/VH destinées aux professionnels réalisant des opérations d’ordre électrique sur les véhicules électriques et hybrides.
Pourquoi les électriciens ont besoin d’une habilitation spécifique VE/VH ?
Les véhicules électriques embarquent des systèmes haute tension
Contrairement aux véhicules thermiques traditionnels, les véhicules électriques et hybrides disposent de batteries de traction et de circuits haute tension pouvant atteindre jusqu’à 1000 volts en courant continu. Même après l’arrêt du véhicule, certains composants (batteries lithium-ion) peuvent rester alimentés et représenter un danger pour les intervenants.
Les principaux risques sont :
- L’électrisation ;
- L’électrocution ;
- Les brûlures par arc électrique ;
- Les projections de matières en fusion ;
- Les départs de feu liés aux batteries lithium-ion.
Les opérations réalisées sur ces équipements nécessitent donc une formation spécifique permettant d’identifier les risques et de mettre en œuvre les mesures de prévention adaptées.
Une habilitation différente de celle des installations électriques
Une habilitation électrique classique relevant de la norme NF C 18-510 n’est pas suffisante pour intervenir sur un véhicule électrique. La norme NF C 18-550 prévoit une codification spécifique intégrant la lettre « L », qui désigne les opérations réalisées sur des véhicules ou engins à énergie électrique embarquée. Cette distinction permet d’adapter les compétences aux risques particuliers des systèmes de traction électrique et des batteries haute tension.

Comment se compose un titre d’habilitation VE/VH ?
Comprendre la codification des habilitations
Les titres d’habilitation sont construits à partir de plusieurs caractères indiquant :
- Le domaine de tension ;
- Le type d’opération ;
- Le niveau de responsabilité ;
- La nature de l’intervention.
Par exemple :
- B = basse tension ;
- 1 = exécutant électricien ;
- 2 = chargé de travaux ;
- C = chargé de consignation ;
- R = chargé d’interventions générales ;
- V = voisinage de pièces nues sous tension ;
- X = opération spécifique ;
- L = véhicule électrique ou hybride.
Pourquoi bien choisir son titre d’habilitation ?
Chaque titre d’habilitation correspond à des opérations précises. Une erreur de qualification peut entraîner :
- Une situation de travail dangereuse ;
- Une non-conformité réglementaire ;
- Une mise en cause de la responsabilité de l’employeur en cas d’accident.
L’analyse des activités réelles du salarié reste donc indispensable avant toute délivrance d’habilitation.
Les habilitations VE/VH pour les travaux électriques sur véhicules
La norme NF C 18-550 et les recommandations du Comité des Constructeurs Français d’Automobiles (CCFA) définissent des titres spécifiques pour les véhicules électriques. Voici les principaux, classés par niveau de responsabilité et type d’opération.
B1L et B1VL : les habilitations de l’électricien exécutant
Les titres B1L et B1VL concernent les professionnels exécutant des travaux d’ordre électrique sur véhicules électriques ou hybrides. Le titulaire peut intervenir sous la responsabilité d’un chargé de travaux (B2L ou B2VL). Enfin, le titre B1VL autorise en complément les opérations réalisées au voisinage de pièces nues sous tension.
Ces habilitations concernent notamment :
- Les électromécaniciens réalisant des opérations à proximité de composants électriques (exemple : démontage d’un moteur de traction) ;
- Les techniciens de maintenance effectuant des contrôles ou des réparations sur les systèmes haute tension ;
- Les techniciens spécialisés VE/VH ;
- Les électriciens intervenant sur les circuits électriques des véhicules (traction, batterie, chargeurs embarqués).
B2L et B2VL : les habilitations du chargé de travaux
Les titres B2L et B2VL s’adressent aux professionnels exécutant les travaux en autonomie ou responsables de l’organisation et de la conduite des travaux électriques.
Ils permettent :
- D’encadrer des exécutants ;
- D’analyser les risques ;
- De mettre en œuvre les mesures de sécurité ;
- De rédiger les documents administratifs (ordre de réparation, contre-signature de l’attestation de consignation, etc) ;
- D’assurer la direction des travaux.
Le titre B2VL autorise également les interventions au voisinage de pièces nues sous tension.
Ces habilitations sont généralement détenues par :
- Les chefs d’atelier spécialisés VE/VH ;
- Les techniciens experts ;
- Les responsables maintenance ;
- Les chargés de travaux/réparation autonomes.
BCL : chargé de consignation, un rôle essentiel
Pourquoi consigner un véhicule électrique ?
Avant tous travaux/réparations sur un circuit haute tension, il est souvent nécessaire de procéder à une consignation à la demande du chargé de travaux (B2L, B2VL).
Cette opération vise à :
- Supprimer toute source d’énergie électrique ;
- Empêcher une remise sous tension accidentelle ;
- Garantir la sécurité des intervenants.
La consignation constitue une étape fondamentale dans la prévention du risque électrique.
Les missions du titulaire BCL
Le titulaire de l’habilitation BCL est autorisé à :
- Mettre hors tension le véhicule ;
- Réaliser les procédures de consignation ;
- Vérifier l’absence de tension ;
- Délivrer l’attestation de consignation.
Ce titre est fréquemment attribué aux techniciens experts ou aux responsables d’atelier spécialisés dans la maintenance et la réparation des véhicules électriques même pour des interventions mécaniques.
Les opérations particulières liées aux métiers
Pour toutes les opérations particulières citées ci-dessous, nous considérerons que le B1XL intervient sous l’encadrement d’un B2XL qui lui, peut intervenir en toute autonomie.
B1XL et B2XL dépannage-remorquage
Les professionnels du dépannage et du remorquage sont régulièrement confrontés à des véhicules accidentés, immergés ou présentant des défauts électriques.
Les habilitations B1XL et B2XL permettent de réaliser :
- Les mises en sécurité ;
- Les opérations de remorquage ;
- Certaines procédures d’urgence prévues par les constructeurs.
B1XL et B2XL opérations sur batteries
La norme NF C 18-550 prévoit également des habilitations spécifiques pour certaines opérations sur batteries supérieures à 180 Ah et inférieur à 275 Ah (Habilitation T si dépassement de 275 Ah) :
- Déconnexion ;
- Reconnexion ;
- Nettoyage ;
- Opérations de maintenance autorisées.
Ces interventions nécessitent une parfaite maîtrise des procédures de sécurité liées aux batteries lithium-ion.
Les autres opérations spéciales
- Opérations de secours (service de secours pompiers, etc) ;
- Opérations de contrôle technique ;
- Opérations de crash test ;
- Opérations de déconstruction.

BRL et BEL : des habilitations pour des opérations particulières
Les titulaires d’habilitation BRL et BEL essai peuvent encadrer des exécutants B1L ou B1VL.
Le titre BRL pour les interventions
L’habilitation BRL concerne les professionnels réalisant des interventions pendant les phases de développement, d’essai ou de retouche :
- Opérations de dépannage ;
- Remplacements de composants, pose de sonde sur partie active ;
- Opérations d’entretien ;
- Consignations ;
- Certaines réparations électriques.
Le titre BEL pour les essais et vérifications en centre d’essai ou bureau d’étude
L’habilitation BEL est destinée aux personnels réalisant des mesurages, vérifications et manœuvre en bureau d’étude et centre d’essai. Il peut travailler sur et hors circuit ainsi que consigner pour lui-même.
Le titre BEL expert
L’habilitation BEL expert s’adresse aux personnes réalisant des expertises pour le compte des assureurs. Ils ne peuvent pas intervenir au voisinage des risques électriques.
Quelles sont les obligations réglementaires de l’employeur ?
Formation et habilitation sont obligatoires
Conformément aux articles R.4544-9 à R.4544-11 du Code du travail, l’employeur doit :
- Évaluer les compétences via un organisme agrée ;
- Former les salariés exposés aux risques électriques sur véhicules ;
- Délivrer une habilitation adaptée aux tâches réalisées.
Les formations doivent être spécifiques aux véhicules électriques et inclure des mises en situation pratiques (par exemple : manipulation de batteries, consignation de circuits haute tension).
Enfin, comme nous l’expliquions déjà dans notre article consacré aux obligations de l’employeur en matière d’habilitation électrique, la formation seule ne vaut pas habilitation. En effet, celle-ci est délivrée exclusivement par l’employeur après vérification des compétences acquises.
Une surveillance médicale spécifique pour certains titres
Depuis le 1er octobre 2025 et l’entrée en vigueur du décret n°2025-355 (et des textes associés), les salariés réalisant des opérations au voisinage de pièces nues sous tension doivent disposer d’une attestation médicale de non contre-indication. Celle-ci est valable 5 ans, délivrée par le médecin du travail après examen et est obligatoire pour obtenir ou renouveler une habilitation électrique.
Cette exigence concerne notamment les habilitations : B1VL, B2VL, B1XL, B2XL, BRL et BEL (selon les opérations réalisées). L’employeur doit veiller à la validité de cette attestation avant toute délivrance ou renouvellement d’habilitation (recommandé tous les 3 ans ou avant en cas d’évolution technique, accident et/ou changement de fonction au sein de l’entreprise). Enfin, l’employeur doit conserver les preuves de formation et d’habilitation.
A noter : les avis d’aptitude délivrés avant le 1er octobre 2025 restent valables 5 ans à partir de leur date de délivrance.

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Des formations conformes à la norme NF C 18-550
Camira accompagne les professionnels de l’automobile, de la maintenance et de l’industrie dans la prévention des risques électriques liés aux véhicules électriques et hybrides.
Nos formations permettent aux participants :
- D’identifier les risques liés aux systèmes haute tension ;
- De réaliser les procédures de consignation ;
- D’intervenir en sécurité sur les circuits de traction ;
- De respecter les exigences réglementaires.
Une pédagogie orientée terrain
Nos formations reposent sur :
- Des cas concrets (manipulations sur véhicules réels ou simulateurs) ;
- Des exercices pratiques (modules spécifiques pour électriciens, mécaniciens, dépanneurs, ou techniciens de maintenance) ;
- Des mises en situation professionnelles ;
- L’expertise de formateurs spécialisés.
Nos formations dispensées par des formateurs certifiés sont proposées en intra ou inter-entreprise pour s’adapter à vos besoins. Nous accompagnons également les employeurs dans le choix des titres adaptés aux activités de leurs équipes et dans l’organisation des recyclages périodiques.
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FAQ : Norme NF C18-550 pour les opérations électriques sur véhicule électrique et hybride
L’habilitation nécessaire dépend des opérations réellement effectuées et du niveau de responsabilité du professionnel. Les titres B1L et B1VL concernent notamment les exécutants électriciens, tandis que les B2L et B2VL s’adressent aux chargés de travaux. D’autres habilitations sont prévues pour des opérations particulières, comme le BCL pour la consignation ou les B1XL et B2XL pour certaines opérations spécifiques. L’employeur doit donc déterminer le titre adapté à partir des tâches confiées au salarié.
La norme NF C 18-510 concerne les opérations sur les ouvrages et installations électriques ou dans leur environnement. La norme NF C 18-550 s’applique quant à elle aux opérations réalisées sur les véhicules et engins disposant d’une source d’énergie électrique embarquée. Pour intervenir sur les circuits électriques d’un véhicule électrique ou hybride, il faut donc se référer aux prescriptions et aux habilitations correspondant à la NF C 18-550.
Non. La formation permet au salarié d’acquérir les connaissances théoriques et pratiques nécessaires pour prévenir le risque électrique, mais elle ne constitue pas à elle seule une habilitation. Le titre d’habilitation est délivré par l’employeur, qui doit notamment s’assurer que le travailleur possède les compétences nécessaires pour réaliser en sécurité les opérations qui lui sont confiées.
L’habilitation électrique n’a pas une durée de validité réglementaire unique applicable à toutes les situations. L’employeur doit s’assurer dans le temps que l’habilitation reste adaptée aux compétences du salarié et aux opérations réalisées. Un recyclage est généralement recommandé tous les trois ans, mais une nouvelle évaluation peut être nécessaire plus tôt, notamment en cas de changement de poste, d’évolution des équipements ou des méthodes de travail, ou après une interruption prolongée de l’activité.
Oui, lorsque l’habilitation autorise des opérations au voisinage de pièces nues sous tension. Depuis le 1er octobre 2025, sa validité est subordonnée à la détention d’une attestation d’absence de contre-indications médicales, délivrée par le médecin du travail. Cette attestation est valable cinq ans.
C’est l’employeur qui délivre l’habilitation électrique en fonction des opérations confiées au salarié. Le choix du titre doit tenir compte de son activité réelle, de son niveau de responsabilité, des caractéristiques des véhicules et équipements concernés ainsi que des risques auxquels il peut être exposé. L’organisme de formation accompagne l’entreprise dans l’évaluation des compétences et peut la conseiller sur le niveau d’habilitation correspondant aux missions du salarié.
